Et si nos villes éteignaient la lumière ? - Rue89

Publié le par Clan du Néon Caen

Et si nos villes éteignaient la lumière ?


Shanghaï, la nuit, en mars 2009 (Aly Song/Reuters).

Les étoiles en voie de disparition ? Telle est la crainte de nombreux astronomes qui pointent du doigt la pollution lumineuse. Un terme peu connu qui désigne les conséquences néfastes de l'éclairage artificiel sur l'environnement.

L'idée

Les halos lumineux au-dessus des villes progressent d'environ 5% par an en Europe et masquent aujourd'hui la vision de 90% des étoiles dans les métropoles. Rien qu'en France, le nombre de points lumineux a augmenté de 30% en dix ans. Désormais, seul un petit triangle dans le Quercy et une partie de la Corse ne sont pas envahis par les lumières de la ville.

Pourtant de nombreuses solutions existent pour réduire l'éclairage nocturne. Extinction des lampadaires la nuit, contrôle de l'intensité lumineuse selon les besoins, utilisation de lampes économes au plan énergétique…
L'application de ces mesures, actuellement à l'étude dans le projet de loi relatif au Grenelle de l'environnement, auraient de nombreuses retombées positives : réduction de la facture pour les communes, l'éclairage public représentant aujourd'hui 48% de leur budget électricité ; lutte contre les changements climatiques car, avec 119 grammes de CO2 rejetés par kwh consommés, l'éclairage contribue au réchauffement de la planète ; préservation des écosystèmes puisque la pollution lumineuse participe à l'extinction de nombreuses espèces, comme les papillons nocturnes.

Comment la mettre en pratique

La dernière innovation en date, Dial4light, vient d'outre-Rhin. La bourgade allemande de Dörentrup, 8 500 habitants, éteint chaque soir, à 21 heures, les lampadaires de ses rues les moins empruntées. Une fois passé le couvre-feu, les noctambules peuvent rallumer la lumière d'un simple coup de fil.

En pratique, les habitants doivent indiquer leur itinéraire par appel ou par sms, grâce à une série de code fournie sur le site de Dial4light. En quelques secondes, les rues s'éclairent pour une durée de quinze minutes, au coût d'un appel classique. En huit mois d'utilisation, Dörentrup annonce avoir réalisé une économie de près de 25% sur sa facture électrique.

« Pour lutter contre la pollution lumineuse, ce système est très intéressant mais encore difficilement appliquable en France, explique Christophe Martin-Brisset, vice-président de l'Association nationale pour la protection du ciel et de l'environnement nocturne (ANPCEN). En effet, sur 36 700 communes, seul un millier éteignent l'éclairage la nuit. »

Tous dans la nuit noire ?

Premier frein à l'extinction des feux : la sécurité, souvent évoquée par les élus. Un argument qui ne tient pas pour Bernard Bonsens, ancien conseiller municipal de Moncé-en-Belin (72), 3 500 habitants, en charge du dossier :

« Dans les petites communes, il est très facile d'éteindre l'éclairage. Nous pratiquons l'extinction nocturne depuis plus de dix ans et la seule doléance que nous avons reçue est celle d'une personne qui avait du mal à trouver sa serrure dans l'obscurité. »

Cependant, plonger les plus grandes agglomérations dans le noir reste de l'ordre de l'impossible. Même si des mesures simples peuvent être d'ores et déjà appliquées. « Certaines grandes villes, comme Toulouse et Lille, ont décidé de ne plus éclairer les monuments. On pourrait pousser la pratique plus loin en éteignant les périphéries et les quartiers peu fréquentés après 22 heures, par exemple », reprend Christophe Martin-Brisset.

Oslo peut également servir d'exemple : aux heures creuses de la nuit, la capitale norvégienne baisse la tension lumineuse de ses lampadaires et donc leur intensité. Une sorte de variateur géant appliqué à la ville qui permettrait de diminuer la consommation d'électricité de 62%.

En route vers les étoiles

Si le chemin vers la Voie lactée reste long, la prise de conscience est réelle dans l'Hexagone. Dernièrement, les astronomes de l'observatoire du Pic du Midi, dans les Pyrénées, sont partis en guerre contre la pollution lumineuse qui peu à peu grignote leur ciel.

L'objectif : faire du site « la première réserve de ciel étoilé européenne », en obtenant le label de l'International Dark-Sky Association (IDA), qui permettrait de créer une zone de protection sur un rayon de 50 à 100 km autour de l'observatoire. Sébastien Vauclair, vice-président de l'association Pirene, à l'origine du projet, s'insurge :

« Au fur et à mesure des années, on a vu le ciel disparaître derrière les lumières de Tarbes et même Barcelone désormais. Pour obtenir le label de l'IDA, les collectivités locales, dont la ville de Toulouse et de Bagnères-de- Bigorre, se sont engagées à réduire considérablement leurs émanations lumineuses. »

Pour la région Midi-Pyrénées, l'intérêt du projet est également économique. Explications de Martin Malvy, président de la région :

« Beaucoup de collectivités sont actuellement amenées à revoir leur parc électrique. En choisissant de nouveaux appareils d'éclairage qui ne gaspillent pas l'énergie, une ville comme Toulouse peut réduire de moitié les dépenses publiques dans ce domaine. »

De son côté et à l'occasion, en 2009, de l'année mondiale de l'astronomie, l'ANPCEN lance un concours « Villes et villages étoilés ». A la manière des « Villes et villages fleuris », il récompense les mairies qui œuvrent pour protéger l'environnement nocturne. Elles se verront attribuer une à cinq étoiles en fonction des efforts fournis.

Il ne suffit donc pas de grand-chose pour que réapparaissent les constellations : installer des lampes basses consommations, changer les têtes des lampadaires pour renvoyer toutes les lumières vers le sol ou encore cesser l'illumination des monuments après 23 heures.

Ce que je peux faire

Une façade de mairie éclairée toute la nuit, des illuminations de Noël installées de novembre à janvier… La gestion des éclairages publics laisse parfois perplexe. Les citoyens ne doivent alors pas hésiter à rencontrer leur adjoint à l'environnement. Conseil de Christophe Martin-Brisset :

« Il faut commencer doucement, d'abord demander à installer des ampoules qui consomment moins, puis évoquer la question de l'extinction nocturne. Les élus doivent sentir qu'il y a une demande de la part de la population. »

Et, dans chaque département, les correspondants locaux de l'ANPCEN peuvent également aider et conseiller les citadins en manque d'étoiles.

Photo : Shanghaï, la nuit, en mars 2009 (Aly Song/Reuters).

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Article tiré du site d'info Rue89

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Commenter cet article

Bruce 22/09/2009 00:08

Très intéressant.

Nous n'avions pas vu cet article, il faudrait qu'on en parle sur le blog "général" si on peut dire... Enfin nous sommes en train de voir pour tenter de concentrer nos efforts dans la gestion d'un grand blog plutôt que 10 petits. On vous a envoyé un mail à ce sujet.

Bonne continuation en tous les cas !